En août 1695, les troupes de Louis XIV bombardent Bruxelles pendant quarante-huit heures : près de 4 000 bâtiments partent en fumée et la Grand-Place est dévastée. En cinq ans à peine, la ville se relève ; la place que le monde entier vient photographier aujourd'hui, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, est née de cette reconstruction menée par les corporations de métiers.
En 1697, la corporation des boulangers — l'une des plus riches de la ville — fait ériger sa maison de guilde à l'emplacement de l'ancien Serhuyghskintsteen, probablement sur les plans de Jean Cosyn. Sept travées de pierre de taille, une balustrade en attique au lieu d'un pignon, une tour-lanterne octogonale et, au sommet, la Renommée sonnant de la trompette : aucune autre maison de la place n'a cette silhouette.
La façade se lit comme un livre : le buste doré de saint Aubert, patron des boulangers, au-dessus de la porte ; le triomphe de Charles II d'Espagne au deuxième étage, accompagné de l'inscription « Den Coninck van Spaignien » qui donnera son nom à la maison ; six statues allégoriques — la Force, le Blé, le Vent, le Feu, l'Eau et la Prévoyance — pour tout ce qu'il faut afin de faire du pain ; et quatre médaillons d'empereurs romains liés à la péninsule ibérique.
Après la suppression des corporations, la maison se dégrade au XIXᵉ siècle jusqu'à la restauration néo-baroque d'Adolphe Samyn en 1901, qui rétablit le décor sculpté, la tour-lanterne et le dôme. Le rez-de-chaussée devient café, puis brasserie pour de bon en 1952. Classée en 1977, puis dans sa totalité en 2002, la maison est aujourd'hui dirigée par Jean-Philippe Bosman.
En 2025, le vol-au-vent de poularde de la maison décroche la 3ᵉ place au concours BXLOVE du meilleur vol-au-vent de Bruxelles — une belle revanche de la cuisine sur le décor, dans une adresse que l'on vient d'abord voir avant de venir y manger.